{"id":51,"date":"2021-06-09T17:47:03","date_gmt":"2021-06-09T21:47:03","guid":{"rendered":"https:\/\/projets.ex-situ.info\/rivieresimaginaires\/?page_id=51"},"modified":"2021-06-09T17:47:03","modified_gmt":"2021-06-09T21:47:03","slug":"severine","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/projets.ex-situ.info\/rivieresimaginaires\/severine\/","title":{"rendered":"S\u00e9verine"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">Chlo\u00e9 POULIOT<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1971, Camille Huard, plombier de profession, fait une curieuse d\u00e9couverte alors qu\u2019il est appel\u00e9 \u00e0 d\u00e9boucher le bain d\u2019un 4 et demie du quartier de Limoilou. Il y extirpe une carte postale qui devient la premi\u00e8re d\u2019une s\u00e9rie d\u2019envois tout droit sortis des canalisations de la ville de Qu\u00e9bec. Pendant ses ann\u00e9es de service, Huard amasse plus d\u2019une quarantaine de lettres, de cartes postales et de colis voyageant par les eaux souterraines, refoulant dans les conduits des \u00e9difices publics, des petites entreprises et des maisons. Une m\u00eame exp\u00e9ditrice est \u00e0 l\u2019origine de ces envois postaux&nbsp;: S\u00e9verine.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On la conna\u00eet d\u2019abord en tant que factrice pour le service postal du Canada et unique r\u00e9sidente de l\u2019\u00c9difice des Postes situ\u00e9 pr\u00e8s de la porte Prescott. Les d\u00e9couvertes de Huard retracent les correspondances que S\u00e9verine a entretenues et entretient toujours avec des femmes et des hommes qui ont habit\u00e9, au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les pourtours des cours d\u2019eau traversant la ville de Qu\u00e9bec et avec d\u2019autres qui habiteront \u00e0 leur mani\u00e8re ces m\u00eames lieux dans un avenir aussi pr\u00e8s qu\u2019\u00e9loign\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les extraits suivants sont tir\u00e9s des \u00e9crits de S\u00e9verine, tous rassembl\u00e9s dans le fonds d\u2019archives Postes Canada. Ce dossier, une fois compl\u00e9t\u00e9, permettra de jeter un regard intime sur la vie d\u2019une femme ignor\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce jour et t\u00e9moignera d\u2019une voie postale insoup\u00e7onn\u00e9e\u00a0: celle des eaux.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">EXTRAITS<\/h3>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>\u00c0 Henri-Jules\u00a0L\u2019Oie<br>Novembre 1918<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Nous discutions, ma voisine de sol et moi, \u00e0 travers la grille d\u2019a\u00e9ration de mon plancher (et par cons\u00e9quent, de son plafond). Elle a laiss\u00e9 entendre que certains citoyens et citoyennes de la basse-ville se promenaient \u00e0 m\u00eame les rues en chaloupe entre les glaces, dit-elle, et les rats. Et en m\u2019y rendant, les ou\u00ef-dire se sont confirm\u00e9s. Je suis rest\u00e9e sur les derni\u00e8res marches de l\u2019escalier du Faubourg pour les examiner voyager d\u2019un c\u00f4t\u00e9, puis de l\u2019autre au bout de la rue de la Couronne. Il para\u00eetrait, toujours selon la m\u00eame voisine, que des canots sont employ\u00e9s pour transf\u00e9rer les passagers du traversier vers la terre ferme afin d\u2019\u00e9viter de leur mouiller les pieds. La crue des eaux aurait touch\u00e9 le march\u00e9 Champlain, les caves de messieurs et mesdames. Certains quais auraient m\u00eame \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s du rivage. On m\u2019a aussi racont\u00e9 comment les ouvriers et les ouvri\u00e8res terminant leur journ\u00e9e de travail dans Saint-Roch ont d\u00fb, pour leur part, marcher ses cours d\u2019eau naissants au beau milieu de la ville pour retrouver leur chez soi.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>\u00c0 Paul Mecteau<br>Juillet 1934<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;C\u2019est en lisant <em>Le Soleil<\/em> du onze que j\u2019ai pu mieux comprendre ce qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9, il y a quelques jours, \u00e0 la plage de l\u2019Anse-au-Foulon. J\u2019\u00e9tais \u00e9tendue sur ma serviette avec Louise (celle \u00e0 la chevelure boucl\u00e9e), buvant chacune notre orangeade Crush quand nous vous avons vus, votre coll\u00e8gue McMann et vous, partir sur le fleuve Saint-Laurent \u00e0 la rame. La foule s\u2019est rassembl\u00e9e au bord de l\u2019eau (pour notre part, nous sommes rest\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cart, nous n\u2019avions pas termin\u00e9 nos orangeades). Nous vous entendions crier des ordres tous simples \u00e0 ce baigneur faisant la sourde oreille. Ce dernier \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 loin de la rive&nbsp;et vous saviez que, dans cette zone, les courants du fleuve sont des plus pernicieux. Certains ont sugg\u00e9r\u00e9 que vous lui aviez administr\u00e9 un coup de rame \u00e0 la t\u00eate, question de l\u2019\u00e9tourdir un tant soit peu et de le ramener sur la gr\u00e8ve sans r\u00e9sistance. Une m\u00e9thode curieuse, je dirais m\u00eame inqui\u00e9tante, qui n\u2019est pas dans vos habitudes. Les amis du baigneur vous attendaient sur la pointe des orteils et les poings serr\u00e9s, il fallait bien que Louise et moi mettons de c\u00f4t\u00e9 nos breuvages, allions calmer le jeu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce sauvetage est sur toutes les l\u00e8vres. Nous entendons aux quatre coins de la ville des versions diff\u00e9rentes o\u00f9 ce n\u2019est plus un nageur, mais bien une nageuse, ce n\u2019est plus le nez qui a absorb\u00e9 le choc, mais la m\u00e2choire qui s\u2019est disloqu\u00e9e, ce n\u2019est m\u00eame plus \u00e0 la plage que survient l\u2019altercation, mais dans une brasserie sur la rue d\u2019Aiguillon dont personne ne conna\u00eet l\u2019existence.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>\u00c0 Sylvia W.<br>Juin 1999<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Ces deux plantes ont \u00e9t\u00e9 cueillies pr\u00e8s de ce qui reste de la rivi\u00e8re Lairet. Elles captivaient d\u00e9j\u00e0 les gens au milieu du XIXe si\u00e8cle, admirez le travail d\u2019une \u00c9tats-unienne au nom d\u2019Abigail Lyman qui use d\u2019aquarelle et de gouache. Ces reproductions de pi\u00e8tres qualit\u00e9 vous permettront tout de m\u00eame d\u2019en distinguer les particularit\u00e9s, de comparer les sp\u00e9cimens tangibles ass\u00e9ch\u00e9s que je vous envoie avec les repr\u00e9sentations plus vives, presque plus r\u00e9elles de Lyman. Pour votre demande sp\u00e9ciale, je n\u2019ai pas r\u00e9ussi \u00e0 attraper des lucioles, je vous r\u00e9\u00e9cris si c\u2019est le cas d\u2019ici quelques jours. Je m\u2019interroge si elles arriveront \u00e0 travers le temps et ses eaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>\u00c0 Gigu\u00e8re<br>Mai 2270<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Moi qui ne re\u00e7ois jamais de colis et cet immense paquet d\u00e9pos\u00e9 au ras de ma porte, emball\u00e9 d\u2019un papier brun. Une ficelle maintenait le tout. Vous l\u2019aviez adress\u00e9 ainsi, de vos lettres trac\u00e9es serr\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0Du plus loin que je me souvienne, vous\u00a0\u00bb. Et j\u2019ai imm\u00e9diatement su ce que vous vouliez dire. Ouvert, il s\u2019agissait d\u2019un tableau \u00e0 la touche rapide, impressionniste de grand talent, je vous l\u2019assure. Vous l\u2019avez peint l\u00e0-haut sur le balcon de veille du phare White Birch. Moi qui vous demandais \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition si la Cit\u00e9-Limoilou \u00e9tait aussi charmante de ce point de vue, en plong\u00e9e. Mais voici que je peux \u00e0 pr\u00e9sent m\u2019en faire ma propre id\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la toile. En examinant les coups de pinceau, j\u2019y ai d\u00e9cel\u00e9 la chaloupe de Margot en plein ouvrage, le profil d\u2019une p\u00eacheuse (y a-t-il encore des poissons comestibles sous l\u2019eau?). Les reflets de la lanterne du phare White Birch partout s\u2019\u00e9parpillent sur l\u2019estuaire de la rivi\u00e8re Saint-Charles dans les tons d\u2019orang\u00e9, de bleut\u00e9. Je me doutais bien que les merveilles se pouvaient.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>\u00c0 Margot Madame<br>Octobre 2341<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Triste nouvelle ce matin, je m\u2019en d\u00e9sole. J\u2019apprends qu\u2019un individu a mis le feu \u00e0 vos trois cabanes \u00e0 chaloupe. De l\u2019\u00c9difice des Postes, j\u2019ai aper\u00e7u les derni\u00e8res fum\u00e9es s\u2019\u00e9lever, il \u00e9tait 5h du matin. Le responsable aurait coup\u00e9 les verrous des entrep\u00f4ts, vers\u00e9 un fond d\u2019essence dans vos embarcations et jet\u00e9 quelques allumettes : le feu aurait pris instantan\u00e9ment. Bien que le service d\u2019incendie ait mis fin \u00e0 l\u2019incident avant qu\u2019il ne se propage, des filets huileux, lustr\u00e9s, multicolores survivent dans la rivi\u00e8re Saint-Charles comme un mauvais souvenir.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<p><em>Le projet \u00ab\u00a0S\u00e9verine\u00a0\u00bb est dans ses d\u00e9buts. Il s\u2019agit des balbutiements d\u2019une \u00e9criture de plus grande ampleur portant sur la Cit\u00e9-Limoilou, les rivi\u00e8res et le fleuve Saint-Laurent, sur l\u2019\u00e9change \u00e9pistolaire ainsi que sur la m\u00e9moire collective. L\u2019id\u00e9e est de r\u00e9fl\u00e9chir, \u00e0 travers les archives et la fiction, aux usages v\u00e9ritables et potentiels des cours d\u2019eau de la ville de Qu\u00e9bec. Ne plus les placer comme simples objets de contemplation, mais comme r\u00e9els acteurs d\u2019une ville participant, eux aussi, \u00e0 son mouvement.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chlo\u00e9 POULIOT &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1971, Camille Huard, plombier de profession, fait une curieuse d\u00e9couverte alors qu\u2019il est appel\u00e9 \u00e0 d\u00e9boucher le bain d\u2019un 4 et demie du quartier de Limoilou. Il y extirpe une carte postale qui devient la premi\u00e8re d\u2019une s\u00e9rie d\u2019envois tout droit sortis des canalisations de la ville de Qu\u00e9bec. 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